Hommage sur la plage de Penboc’h à Albert Le Cam et Louis Mahé.
Le discours de Pascal Barret, maire d’Arradon :
« Bonjour et bienvenue à toutes et tous.
En ce 31 juillet 2024, la Commune d’Arradon, les membres du Conseil Municipal et toute la population sont particulièrement fiers d’honorer la mémoire d’Alexis « Louis » MAHE et Albert LE CAM, enchainés et assassinés ici par les nazis, il y a tout juste 80 ans.
Leur tragique parcours, associé à celui de Robert MATEL, mais aussi Mathurin LE LAN et Marcel DAGOUASSAT, eux aussi enchainés, va vous être conté par une descendante ici présente, Marie-Laure LE LAN.
Dans cet événement dramatique, on retrouve tous les ingrédients des comportements humains en temps de guerre.
La violence et la haine chez l’agresseur, qui ne pense qu’à dominer
La trahison et la collaboration, par bêtise ou intérêt, inexcusables et souvent commises par des proches
La peur au quotidien, qui touche chacune et chacun dans sa chair
Le courage, la solidarité et l’entraide de celles et ceux qui respectent l’autre, d’où qu’il vienne et quel qu’il soit
La Résistance, si bien représentée par nos héros du jour, des FFI courageux partis trop tôt.
Comme nous l’avons dit avec gravité le 8 mai dernier devant nos Monuments aux Morts :
« Nous nous souvenons des hommes et des femmes qui ont refusé d’abandonner la Patrie à ceux qui l’avaient occupée et à ceux qui l’avaient trahie. Résistants, ils s’étaient engagés sans calcul, sans garantie, mais résolus à vivre libres ou à mourir »
Aujourd’hui, Arradon, membre du mouvement mondial des Communes pour la Paix, tient à vous rendre un hommage solennel :
Alexis «Louis» MAHE et Albert LE CAM, nous ne vous oublions pas. »
Pascal BARRET / Maire d’Arradon / 31 Juillet 2024
Ce lundi 31 juillet 1944 offre une éclaircie dans le climat de terreur dans lequel est plongé le Morbihan depuis presque deux mois.
Alors qu’ils s’apprêtent à être exécutés sur la plage de Penboch à Arradon, les Résistants Marcel Dagouassat et Mathurin Le Lan échappent à la vigilance de leurs bourreaux. Tandis que tombent sous les balles leurs camarades d’infortune Albert Le Cam et Louis Mahé, Marcel et Mathurin se jettent à l’eau.
À la faveur de la nuit, ne pouvant s’aider que d’un bras, les fugitifs parcourent plus de 800 mètres à la nage pour atteindre l’île Drenec sous les tirs ennemis. Ils se dirigent ensuite vers l’île d’Arz tout proche où deux îliens rompent leurs liens et leur offrent une embarcation.
Les deux hommes reprennent sans plus tarder leur échappée. Direction l’île Tascon à la nage, leur bateau de fortune ayant sombré.
À 200 kms de là, les Américains ont libéré Avranches et sont aux portes de la Bretagne. Les deux fugitifs se font oublier jusqu’au vendredi, jour de Libération de Vannes.





fleurie par la commune d’Arradon




LE CAM Albert, Joseph, Marie
Né le 19 mars 1910 à Vannes (Morbihan), exécuté sommairement le 31 juillet 1944 à Arradon (Morbihan) ; FFI.
Albert Le Cam était le fils de Jean-Pierre Le Cam et de Louise Lavarec. Il avait épousé Eugénie Cléro et le couple résidait à Vannes (Morbihan).
Membre des Forces françaises de l’intérieur (FFI), Albert Le Cam se rendit en compagnie de deux camarades FFI Robert Matel et Alexis Mahé dans un café de Vannes tenu par une jeune femme devenue agent de renseignements au service des Allemands. Robert Matel était venu précédemment seul pour l’exécuter, mais avait succombé à ses supplications. Celle-ci l’avait dénoncé et lorsqu’il est revenu avec ses camarades Alexis Mahé et Albert Le Cam, ils furent cernés par des feldgendarmes. Robert Matel parvint à s’échapper, mais Alexis Mahé et Albert Le Cam furent rattrapés, arrêtés et conduits à la prison de Vannes, place Nazareth. Le lendemain, Robert Matel qui se trouvait en compagnie de deux jeunes gens de Séné (Morbihan), Mathurin Le Lan et son beau-frère, Marcel Dagouassat, fut reconnu dans une rue de Vannes par la dénonciatrice qui circulait à bord d’une voiture allemande. Les trois jeunes gens furent arrêtés. Robert Matel blessé, fut torturé et condamné à mort, mais fut sauvé par la libération de Vannes. Vers 23 heures, une camionnette allemande emmena sur la plage de Penboc’h à Arradon (Morbihan), enchaînés deux par deux, Alexis Mahé et Albert Le Cam, Mathurin Le Lan et Marcel Dagouassat. Les deux premiers furent abattus à coups de révolvers, tandis que les seconds se jetèrent à l’eau, nageant d’un seul bras et passant au travers des tirs des soldats allemands à la faveur de la nuit. Les deux hommes parvinrent à gagner l’île Drenec, puis l’île d’Arz où des habitants les libérèrent de leurs chaînes. Un temps réfugiés sur l’île Tascon, ils regagnèrent Séné. Mathurin Le Lan participa à la libération de Vannes puis aux combats du front de la Vilaine jusqu’en janvier 1945.
Albert Le Cam a obtenu la mention « Mort pour la France ». Le titre d’Interné-résistant lui a été attribué à titre posthume.
À Vannes, où il est inhumé dans le carré militaire du cimetière de Calmont, son nom est inscrit sur la stèle dédié aux » Résistants – Déportés politiques – Fusillés « , érigée sur le plateau de la Garenne.
À Arradon, une plaque a été apposée sur le lieu de leur exécution à la mémoire d’Albert Le Cam et de son camarade Alexis Mahé identifié sous le prénom « Louis ».
MAHÉ Alexis, Vincent, Marie
Né le 12 décembre 1924 à Vannes (Morbihan), exécuté sommairement le 31 juillet 1944 à Arradon (Morbihan) ; FFI.
Alexis Mahé était le fils de Joseph Mahé et de Louise Marie Vincente Mouriec. Célibataire, il était domicilié à Vannes (Morbihan)
Membre des Forces françaises de l’intérieur (FFI), Alexis Mahé se rendit en compagnie de deux camarades FFI Robert Matel et Albert Le Cam dans un café de Vannes tenu par une jeune femme devenue agent de renseignements au service des Allemands. Robert Matel était venu précédemment seul pour l’exécuter, mais avait succombé à ses supplications. Celle-ci l’avait dénoncé et lorsqu’il est revenu avec ses camarades Alexis Mahé et Albert Le Cam, ils furent cernés par des feldgendarmes. Robert Matel parvint à s’échapper, mais Alexis Mahé et Albert Le Cam furent rattrapés, arrêtés et conduits à la prison de Vannes, place Nazareth. Le lendemain, Robert Matel qui se trouvait en compagnie de deux jeunes gens de Séné (Morbihan), Mathurin Le Lan et son beau-frère, Marcel Dagouassat, fut reconnu dans une rue de Vannes par la dénonciatrice qui circulait à bord d’une voiture allemande. Les trois jeunes gens furent arrêtés. Robert Matel blessé, fut torturé et condamné à mort, mais fut sauvé par la libération de Vannes. Vers 23 heures, une camionnette allemande emmena sur la plage de Penboc’h à Arradon (Morbihan), enchaînés deux par deux, Alexis Mahé et Albert Le Cam, Mathurin Le Lan et Marcel Dagouassat. Les deux premiers furent abattus à coups de révolvers, tandis que les seconds se jetèrent à l’eau, nageant d’un seul bras et passant au travers des tirs des soldats allemands à la faveur de la nuit. Les deux hommes parvinrent à gagner l’île Drenec, puis l’île d’Arz où des habitants les libérèrent de leurs chaînes. Un temps réfugiés sur l’île Tascon, ils regagnèrent Séné. Mathurin Le Lan participa à la libération de Vannes puis aux combats du front de la Vilaine jusqu’en janvier 1945.
Alexis Mahé a obtenu la mention « Mort pour la France ». Le titre d’Interné-résistant lui a été attribué à titre posthume ainsi que la et la Médaille de la Résistance par décret du 3 juin 1960, publié au JO du 10 juin 1960.
Dans le Morbihan, en bordure de la plage de Penboc’h en Arradon, une plaque a été apposée sur le lieu de leur exécution à la mémoire d’Alexis Mahé identifié sous le prénom de « Louis » et de son camarade Albert Le Cam.
Il figure aussi sur la stèle dédié aux « Résistants – Déportés politiques – Fusillés », érigée sur le plateau de la Garenne à Vannes.
Localisation :
26 Chemin du Lodo 56610 Arradon
Lettre de notre père au capitaine Gouggud lue par Mme LE LAN
« Voici les faits authentiques de mon passage dans la 1ère compagnie du maquis, jusqu’à mon versement dans la marine.
Dans les premiers jours de Juin 1944, des amis de Séné sont venus me demander si je voulais rentrer dans le maquis.
Le lieu de rendez-vous, Langle en Séné d’où je suis parti avec deux autres Sinagots, Conleau- Arradon en bateau, puis à travers champ direction de Plescop où nous sommes arrivés dans la soirée dans une ferme, nous étions assez nombreux au rendez-vous.
La section des Sinagots a été dirigée vers le maquis de Treulan, c ‘est là que j’ai fait votre connaissance ainsi qu ‘avec les gars qui étaient déjà installés dans les bois, j’ai vu que tout était bien organisés.
Quelques jours plus tard, nous avons eu un parachutage, c’est là que j’ai eu ma première arme, un fusil canadien, puis ce fût la bataille de Botségalo, après l’accrochage avec les allemands, ce fût le déplacement vers le bois de Florange colonne par un.
Dans la nuit, beaucoup d’entre nous tombaient de fatigue, il fallait enlever ce qu ‘ils avaient de compromettant, si bien que je me suis retrouvé à Chapelle-neuve avec un bazooka, une mitraillette avec ses balles et ses chargeurs, une dizaine de kg de haricots, plus mon fusil et je n ‘étais pas le seul dans ce cas.
Nous sommes arrivés épuisés dans la soirée, nous n ‘avions rien mangé depuis la veille, sauf quelques-uns un morceau de pain par-ci, une bouteille de cidre ou de l’eau par-là que les gens nous donnaient en passant, car il ne fallait pas s’arrêter, la colonne devait bien faire mille hommes.
Après quelques heures de repos, il a été décidé de se remettre en compagnies séparées, je suis avec vous et ceux qui restaient de la 1ère compagnie, se rapprochant de Vannes, nous avons fait plusieurs étapes dans des secteurs, dont je ne me rappelé les noms, tout ce que je sais, j’ai vu en vous un chef, dévoué au ravitaillement et la sécurité de vos hommes.
Nous sommes descendus, dernière étape dans le bois de Kéralpas loin de Plescop pour la prise de Vannes.
Quelques jours plus tard ne trouvant de garde dans un chemin avec un autre sinagot, un jeune fils de fermier entre 8 et 10 ans, arrive en courant tout essoufflé et nous prévient que de nombreux allemands se trouvent dans son village à quelques centaines de mètres d’ou nous étions, encerclant les maquisards, je vous fais prévenir, aussitôt rassemblement, nous nous arrêtons plus loin le long d’un talus à coté d’un champ de blé.
Etant aux trois quarts encerclés, vous avez décidé avec les responsables défaire un vote de vive voix, étant peu nombreux, je crois que nous étions vingt-sept ou vingt-huit, il a été décidé en accord de camoufler provisoirement nos armes et de répartir par groupes de deux ou trois. Je suis parti avec deux autres gars, dont un para en direction de Saint-
Avant à la tombée de la nuit, moi et un coiffeur de Vannes (Jean Doriol) devons décider de rentrer chez nous pour changer nos vêtements, avec l’intention de se revoir les jours suivants.
Quelques jours plus tard mon beau-frère ayant rencontré à Vannes un gars de la résistance qui cherchait quelqu’un de sûr pour une mission délicate, lui parle de mol Le lendemain 31 Juillet 1944, rendez-vous est donné dans les landes de Séné avec ce gars qui dit s’appeler Robert Matel, je lui apprends que je fais partie de la 1ère compagnie que je dois rejoindre dès que possible, lui demande des renseignements au sujet de sa mission. Il me cite les noms de ses chefs, parle de Saint-Marcel et autre lieu que je connaissais, je décide de le suivre.
La mission était de descendre à 12hl5 à Vannes au café de la belote, une femme blonde espionne, un officier de la Felgendarmerie et un des chefs de la gestapo. Quelques jours auparavant alors que j’étais avec vous, nous étions prévenus qu ‘une femme blonde espionnait pour les allemands, rentrant dans les villages se faisant passer pour une soeur ou une femme de maquisard, demandant des renseignements, nous avons décidé d’éliminer ces trois personnes.
Nous partons à bicyclette avec mon beau-frère que nous récupérons un peu plus loin, il est environ neuf heures du matin, nous partons en direction de Vannes quant à mi-chemin la roue avant du chargé de mission crève, n ‘ayant ce qu ‘il faut pour la réparation, l’on décide de faire route à pieds séparément, rendez-vous est donné au café des colonies où l’on doit trouver un gars pour les derniers renseignements, le café des colonies est fermé, nous rentrons au café de l’océan, le gars n ‘est pas là. La mission est à faire coûte que coûte, il faut faire réparer son vélo et récupérer des armes à côté du pont de chemin de fer, nous repartons à pied séparément, bicyclette à la main et remontons la rue Thiers, je regarde l’heure à l’hôtel de ville, il est 10h35, nous avons tout le temps pour faire la réparation chez Roussel, rue du Roulage.
Nous n ‘avons pas été loin, aussitôt passé le virage pour descendre la rue du Menez, une voiture noire vient en sens inverse, s’arrête à notre hauteur à côté du cinéma Royal. Deux hommes sortent de la voiture s’engouffrent dans une maison à côté, je crois qu’en ce temps-là c’était une coutellerie, un officier allemand saute dans la rue révolver au poing suivi de gestapistes révolver au poing également. Ils tirent sur Robert qui a pris la fuite, me trouvant à une vingtaine de mètres derrière lui je tente de fuir, je n ‘ai pas eu le temps de passer le pied par-dessus la selle que mon beau-frère se trouvant derrière moi me crie « descend ».
Deux felgendarmes sortis de l’hôtel à côté m’avait braqué leur mitraillette dans le dos, aussitôt embarqués dans la voiture de la gestapo, mon beau- frère et moi sommes conduis rue des Fontaines, fouilles complètes, vêtements lacérés et les coups. N’ayant rien trouvé de compromettant, ils nous rendent nos vêtements, conduis un par un dans le bureau de la gestapo où se trouve sept à huit officiers allemands, plus deux femmes allemandes (souris grises), l’une des femmes m’interroge me demandant pourquoi les allemands m’avaient arrêté, si je connaissais les noms des chefs de maquis, les lieux, me proposant si je leur donnais des renseignements, d’être déporté au lieu d’être fusillé, me donnant même tous les tuyaux pour s’évader d’un train (c’était-y pas beau cà).
Au bout d’un moment ne voyant qu ‘elle ne pouvait rien obtenir par la douceur, me font sortir encadré par des allemands, mon beau-frère ayant subi l’interrogatoire par les mêmes femmes, me rejoint dans une autre pièce où nous sommes frappés sans ménagements avec tout ce qui leur tombait sous la main. Ils nous mettent à la fenêtre qui donne dans la cour face à la population en nombre qu’ils ont ramassée.
C’est là que nous apercevons Matel qu’ils ont réussi à prendre et trainent dans la cour. Quelques temps plus-tard, ils le font rentrer dans la pièce où nous sommes, dans un triste état. Je l’ai su à la libération qu’il avait deux balles dans la cuisse et une balle dans la tête qu ‘il a eu le temps de se tirer avant d’être pris. Ils nous mettent face à face, trois allemands nous prennent la tête, nous demandant si l’on se connaissait, nous cognent la tête l’une contre l’autre jusqu’à ce que Matel tombe à leur pied inanimé. Ils le transportent dans une pièce à côté.
Mon beau-frère et moi restons sous les coups, jusqu’à deux ou trois heures de l’après-midi, puis nous laissent un moment tranquille, reviennent nous chercher et nous descendre dans une cellule sous la felgendarmerie.
Un peu avant la nuit, ils nous remontent dans une pièce, nous menottent tous les deux, poignet à poignet, nous font descendre dans la cour, passons une petite porte à l’opposé de la rue des Fontaines, un camion allemand nous attend, les soldats font le mur de l’arrière du camion à la porte, il ne fait pas encore nuit. Arrêt plus loin, devant la prison de Vannes et embarquent deux gars enchainés comme nous, il fait nuit quand nous démarrons. Je vois par l’arrière du camion, entre les soldats qui nous accompagnent que nous roulons sur la route d’Auray. Après avoir été arrêté par les barrages allemands pour contrôle, un peu plus tard, nous roulons sur des chemins broussailleux, le camion s’arrête, les allemands nous font descendre et nous bouscule en un sentier. Je vois que c’est une propriété, bien qu’il fasse nuit il y a un beau clair de lune, je vois un château et à côté une statue blanche. Quelques dizaines de mètres plus loin, nous descendons des marches et nous arrivons sur la grève, la mer est là avec des îles. Ils nous mettent tous les quatre au mur, les allemands se mettent face à nous, un officier arrive, donne des ordres, ils prennent les deux plus près du lieu choisi pour l’exécution, les envoient au bord de l’eau sur notre droite à une dizaine de mètres et nous laissent avec une sentinelle.
Mon beau-frère qui se trouve sur ma gauche a aperçu de son côté un trou noir dans les bois et m’incite à partir, je ne bouge pas, la sentinelle me tient la mitraillette dans les côtes, les premières rafales claquent, les deux gars s’écroulent, l’un doux n ‘est pas mort sur le coup, à genoux sur les goémons il les insulte, les allemands tirent une deuxième rafale pour Vachever, l’allemand qui nous tenait sous le canon de sa mitraillette inquiété par cet imprévu se détourne pour voir ce qui se passe, je pousse l’allemand et nous courrons vers ce trou noir que l’on a vu sur notre gauche, sautons le parapet pour escalader la barrière, en haut il y a du fil barbelé, on se laisse tomber sur le sable, les rafales de mitraillette claquent et c’est la chasse à l’homme, tous après nous. Nous courrons en direction d’un quai que l’on aperçoit au loin, on glisse et tombe souvent sur les goémons, aussitôt relevé, pas blessé ? L ’on remet- ça, les roches s’éclairent sous les rafales, nous gagnons du terrain, car eux aussi doivent tomber avec leurs bottes ferrées. Voyant-ça deux d’entre eux courent sur le parapet qui longe le mur, nous dépassent, tirent en notre direction, l’étau se resserre, ne voyant aucune issue pour se sauver, que la mer, nous sautons.
Les allemands arrivent sur le rivage et continuent à tirer, nous plongeons de temps à autre la tête sous l’eau et nageons. L’eau est blanche sous les rafales, nous nous éloignons doucement en direction de l’île la plus près, au bout d’un moment nos n ‘avançons plus, le courant nous ramène vers la terre. C’est là que je reconnais le clocher de l’île d’Arz et me situe. Nous nagions face au courant de flot, sachant que l’île de Drennec est inhabitée, je décide de nager vers l’île d’Arz, mon beau-frère est fatigué, il a le crâne défoncé par les coups de chargeurs de mitraillette Stenn reçu à la Felgendarmerie et a perdu beaucoup de sang, je le réconforte un moment et repartons vers l’île d’Arz. Après beaucoup de peine, nous réussissons à prendre pied sur l’île. Nous partons vers la gauche de l’île, frappons à plusieurs portes sans réponses, ce n ‘est que de l’autre côté de l’île qu ’on nous ouvre enfin, nous fait entrer. Ce sont des jumeaux de la classe 42 qui ne se sont pas rendus à l’appel pour la déportation. Les fils Evain aidés de leurs parents, aussitôt tenailles et scie à métaux pour nous libérer de nos chaines. Mon beau-frère tombe évanoui, un peu d’eau de vie, des vêtements secs et nous voilà sur pieds.
La famille Evain, pour notre sécurité et la leur, car l’île est peu sûre, nous propose une embarcation pour nous rendre dans une autre île. Nous montons dans l’embarcation et nous dirigeons vers l’île de
l’Herne, le vent fraîchit, la mer grossit, vu la fragilité de l’embarcation, nous coulons à pic entre les deux îles, nous nous dirigeons à la nage vers l’Herne. Dans le mauvais temps nous avons perdu contact l’un avec l’autre et c’est mon beau-frère qui arriva le premier.
Nous rentrons dans l’île, il y à un gardien qui a une embarcation, il nous emmène vers une autre île Tascon, où j’ai un oncle qui est fermier, arrivés chez lui, il nous fait comprendre qu ‘il ne peut nous garder longtemps, les allemands sont venus dans l’île quelques jours plus tôt, cherchant les terroristes, l’ont emmené avec un autre cultivateur entre l’île et le continent, puis les ont relâchés.
Voyant que partout où l’on arrivait, les gens de peur de représailles ne voulaient nous garder. Je vais avec mon beau-frère sur la pointe de l’île, nous apercevons un canot avec des filles de Séné qui s’en vont faire leur marée, on leur fait des signes, elles nous prennent à leur bord, non sans peur et nous ramènent vers Séné pour prendre le bateau de mon père seul havre de sécurité. Nous mettons à la voile, mon père s’étant caché dans l’île de Boët avec ma soeur et sa fille alors âgée de deux ans, nous rejoint, nous laisse un copain qui se trouvait avec eux et nous partons vers les îles du golfe. Le 2 août, alors que nous donnions un coup de filet pour se nourrir, mon beau-frère est pris de douleurs insupportables au côté, nous le réconfortons et le mettons à l’abri dans le sinagot.
Mon copain, connaissant un vieux médecin à l’île d’Arz, part aux renseignements, il est décidé de ramener mon beau-frère la nuit car le village n ‘est pas sûr, il y a des collabos, mon beau-frère a une pleurésie, c’est un boucher de l’île nommé Massé qui le prendra sous son toit. Ayant eu quelques renseignements par des Sinagots et que la bataille décisive se prépare pour la libération de Vannes. Je rejoins la section des Sinagots et serai avec vous, dans la première compagnie, pour la libération de Vannes, ai continué à vos côtés sur le front de la Vilaine, jusqu’à Janvier 1945 où j’ai été versé au 4ème régiment des fusiliers marins. »